Rodin, la lumière de l’Antique

L’Antiquité traverse la vie d’Auguste Rodin telle une leçon, éclairant sans cesse son œuvre d’un jour nouveau. "L’art antique signifie bonheur de vivre, quiétude, équilibre, raison" déclare Auguste Rodin en 1911.

L’exposition, à travers un parcours chronologique et thématique, met tout d’abord en résonance les œuvres d’Auguste Rodin et les grands modèles antiques en plâtre qu’il a pu admirer dans sa jeunesse, tels le Torse du Belvédère, le Diadumène ou la Vénus de Milo. Les moulages des Esclaves rappellent la double attraction de Rodin pour Phidias et pour Michel-Ange, dont il a analysé les contrastes plastiques et sémantiques. Sa démonstration, qu’il traduit plus tard en modelant deux petites statuettes en argile, lui permet d’expliquer a posteriori son éloignement des tourments de Michel-Ange au profit de la sérénité grecque. Celle-ci devient en effet pour Rodin le principe générateur d’un sentiment intérieur, celui de l’Antique, capable de se manifester à tout instant au-delà des limites de l’espace et du temps. Il est le symbole de la nature et de la vie qu’il cherche à saisir dans sa sculpture et son dessin. La référence aux statues et aux grands modèles antiques qu’il a dessinés dans sa jeunesse comme objets de copie, devient presque invisible dans ses recherches des dernières années. L’Antique incarne alors la part la plus lumineuse et heureuse de son œuvre.

La collection d’antiques que Rodin constitue à partir de 1893 jusqu’à sa mort en 1917 accompagne son quotidien, à Meudon puis après 1908 à l’hôtel Biron, à Paris. Elle s’installe dans l’intérieur de la maison, dans l’atelier, en plein air dans le jardin, dans des vis-à-vis avec les œuvres et des mises en scène sans cesse renouvelées. Un diaporama réunissant des photographies anciennes en rappelle le souvenir et une petite partie de la collection, qui compte plus de six mille pièces, prend place dans le parcours de l’exposition, aux côtés de prêts essentiels comme celui du Vase de Canosa par le Louvre.

De l’Antique, Rodin retient la leçon du fragment qu’il érige en œuvre à part entière dans ses figures partielles, tels le Torse de l’Étude de Saint Jean-Baptiste, puis L’Homme qui marche. Fasciné par les représentations du corps féminin, il œuvre à faire émerger sa nouvelle Vénus qui s’incarne dans la Méditation, la Prière ou le Torse de jeune femme cambrée. C’est le plus souvent en travaillant d’après le modèle vivant qu’advient et s’impose à lui la référence à l’Antique, convoquée dans de brèves annotations au crayon sur la feuille aquarellée. Une sélection de dessins de Rodin atteste de cette démarche.

Lecteur assidu des textes de la littérature antique qu’il réinterprète avec liberté et distance, Rodin puise chez Ovide et Apulée l’esprit même de sculptures qui naissent sous le signe de la métamorphose et de la mythologie. L’assemblage et l’hybridation caractérisent alors le processus de création de Rodin, qui intègre à l’occasion comme matériau de l’œuvre des pièces de sa collection, surtout des vases antiques en céramique.

L’exposition se clôt par le marbre de La Mort d’Athènes, évocation d’un âge mythique disparu et prémonition peut-être pour Rodin, au terme d’une longue carrière, du passage vers une ère nouvelle porteuse d’idéaux différents.